Les Explorateurs de Courchevel : Sylvie Ferragu, des Alpes au Népal

Flocon

Treks et ascensions de très haute-montagne

Nous avons rencontré Sophie Ferragu, monitrice à Courchevel Village et alpiniste, qui nous a fait le récit de ses expéditions et treks au Népal, ses aspirations, son rapport à la montagne et à la nature. Un portrait passionnant, qui nous emmène à l'aventure vers des sommets à plus de 8000 m.

Quelle est ton histoire avec Courchevel ?

Je ne suis pas une enfant du pays, je suis née dans les petites montagnes du Jura. J’ai pas mal bougé et vers l’âge de 21/22 ans, je suis arrivée à Courchevel pour travailler avec des enfants pendant des classes de neige. L’endroit m’a vraiment plu. J’avais fait un peu de ski de fond dans le Jura, mais quand je suis arrivée ici, j’ai eu beaucoup de temps pour progresser en ski et m’amuser dans cette nature ! J’ai donc tout fait pour rester dans cette région. Je me suis installée à Courchevel et j’ai passé mon monitorat de ski, un peu tard car je n’avais pas le niveau. J’ai un peu galéré (rires). Pour rester l’été aussi, j’ai passé le diplôme d’accompagnateur en montagne. Je travaille à l’école de ski de Courchevel Village depuis 1989, ça fait donc un petit moment. J’ai réussi à rester dans un environnement épanouissant, entre le sport, la nature, et le partage des connaissances. Je ne regrette pas du tout car je suis très bien là où je suis !

Quelles explorations as-tu faites ?

Il y en a une multitude car j’ai beaucoup voyagé, notamment dans les Alpes, mais les plus marquantes ont été les expéditions en altitude puis les treks au Népal. J’ai commencé à explorer la montagne un peu tard. Je me suis mise à l’escalade et à l’alpinisme dans les Alpes et le massif de la Vanoise, Chamonix et les Écrins. Ensuite, j’ai fait des voyages au Népal. J’y suis allée plus de 25 fois. C’est un pays qui m’apporte beaucoup et j’espère pouvoir y retourner bientôt ! J'ai fait pas mal de treks pour découvrir les régions, au départ, puis des petits sommets. Ensuite, je suis partie en expédition sur l’Everest côté tibétain. Une expérience unique pour le corps, le mental et découverte de la culture locale.

Je suis également partie pour le Makalu et l’Ama Dablam. J’ai adoré cette expédition car c’est un peu moins haut mais un peu plus technique, et surtout, nous avons fait un magnifique trek en altitude pour s’acclimater. Nous sommes passés par le pic Mera, le site est inaccessible en voiture, on dormait dans des bergeries, c’était vraiment génial. Je crois que c’est ce genre de voyages qui m’apporte le plus : ceux où l’on peut découvrir une autre culture, où l’on peut passer dans des villages, etc… C’est différent d’un campement en haute altitude avec un camp de base, qui peut être rébarbatif et dur.

Ensuite, en expédition d’altitude, il y a eu le Manaslu, qui est à 8 156 m. Ça a été l’une des expéditions qui m’a le plus marqué pour différentes raisons. Je l’ai faite avec mon amie, en autonomie totale, c’est un autre type d’engagement. C’est tombé un an après une précédente expédition, durant laquelle il y a eu le gros tremblement de terre au Népal. Nous avons failli ne pas revenir. Nous ne voulions pas rester sur une note négative donc l’année d’après, on s’est motivées et on s’est dit « allez, on y retourne ! », et ça s’est bien passé, les conditions étaient bonnes et ça a été une belle revanche ! C’était sympa de retrouver tous les gens qu’on avait rencontré sur le trek d’acclimatation.

D’où te vient cette soif d’aventure ?

La nature et la montagne m’appellent, tout comme les voyages. J’ai commencé à voyager à 16 ans en Afrique, en Amérique du Sud, etc. Une fois que j’ai eu un vrai contact avec la montagne, l’altitude et l’alpinisme, j’ai développé cette curiosité et ai eu envie de la partager. Toutefois, aujourd’hui, la très haute altitude ne m’attire plus. Je vieillis et cela demande beaucoup. Mais les treks altitude apportent énormément. Par exemple, nous avons aussi fait un magnifique tour au Mustang, royaume plus ou moins indépendant à l’ouest du Népal. Cela faisait très longtemps que je rêvais d’aller là-bas. On a traversé tout le Mustang pour faire une randonnée glaciaire en autonomie totale pendant huit jours. Là aussi, c’est l’aventure : il y a de l’engagement, il n’y a pas de carte précise, on passe à 6000 m, etc… Nous avions également prévu de faire des sommets qui ont été ouverts récemment au tourisme et qui sont donc vierges, qui n’ont pas de nom. Ça aussi, c’était très attirant car les explorations aujourd’hui, c’est un peu compliqué. Il y a tellement peu d’endroits vierges dans le monde. Cependant, la quantité de neige a coupé court à ce projet.

J’ai de la chance car je partage ces moments avec des amis. Il y a des circuits commerciaux proposés par des agences, mais ça ne m’attire pas du tout. Je ne veux pas « faire la montagne » pour faire la montagne, j’ai envie de partager ça avec des amis, de faire une cordée, etc.

Comment te prépares-tu pour de telles expéditions ?

Je fais du sport tout le temps, toute l’année. Je grimpe. L’hiver, je fais énormément de ski de randonnée, je fais de la course à pied, etc… Puis techniquement, je me prépare en pratiquant les activités : alpinisme et escalade. La montagne est très belle, mais peut aussi être austère. Plus on pratique la montagne, plus on est à l’aise avec le milieu. Du coup, si on arrive à être habitué, à s’astreindre de ses craintes, on peut vraiment évoluer dans ce milieu en étant serein.

As-tu quelques anecdotes à partager ?

Quand nous avons fait la traversée glaciaire du Damodar à la suite du Mustang, nous avions misé sur une durée comprise entre six et huit jours car nous n’avions pas de cartes précises, ce qui est long en autonomie totale. Comme on passe en altitude avec du matériel d’alpinisme lourd (réchaud, gaz, tente, nourriture), il faut se restreindre. Nous nous sommes dit que ça allait passer. Nous avons passé le col à 6000 m, nous étions était fatigués, avions des sacs de plus de 25kg. Malgré ça, nous n’avions plus assez de nourriture et les derniers jours, nous ne savions plus combien de temps il nous fallait pour rejoindre le premier village. Pendant deux jours, nous n'avons presque pas mangé et j’ai rêvé de manger les grosses perdrix du Népal.

J’ai fabriqué quelques pièges pour ces perdrix qui gloussent autour des tentes. J’avais très envie d’en attraper une et de la faire griller (rires) ! Nous voyagions avec un ami népalais et, en général, les népalais bouddhistes ne tuent pas les animaux. Mais lui aussi était d’accord pour ce projet mais nous n’avons jamais réussi à en attraper une et ça ne s’est arrêté qu’à nos rêves (rires). Quand nous sommes arrivés dans le village, je crois que nous avons été les meilleurs clients de la saison pour les restaurants (rires) ! Nous mangions toutes les deux heures et ce pendant deux jours. On s’est refait une santé puis on a repris la route pendant deux semaines (plus en autonomie, cette fois).

Un autre fois, sur les pentes de l’Everest, nous étions au camp 2, à 7800 m environ. J’étais avec un ami, nous étions en partance vers le sommet. Nous avions passé une nuit très moyenne. Mon ami mesure 1,85 m et chausse du 43. Au moment de mettre nos crampons, nous n'y arrivions pas du tout, nous avons mis du temps à comprendre pourquoi ils s’étaient déréglés… En fait, mon ami avait mis ma chaussure en 38 et moi j’avais mis la sienne en 43. Ni lui ni moi n’avions remarqué (rires) !

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Pendant la dernière expédition au Manaslu, en direction du sommet, c’était dur, nous avions déjà pris un mois pour s’acclimater. Ça s’était bien passé au début, mais vers la fin, j’étais très fatiguée. Je devais puiser dans mes ressources. Au camp 3, j’avais dû laisser ma tente, puis je l’ai retrouvée ensevelie à cause d’une tempête. Il a fallu recreuser, refaire la plateforme, ce qui dure des heures et est très épuisant. Dans la nuit, j’ai cru que j’allais y passer. J’ai fait une apnée du sommeil longue, et comme le corps s’arrête, c’est très dangereux. Quand j’ai repris conscience, je n’arrivais pas à respirer, et j’ai dû me concentrer pour ne pas dormir pour éviter les apnées. Le lendemain, à 6h du matin, je me suis demandé ce que je devais faire. Nous avons choisi l’option de rester une journée à 6800 m, ce qui était, malgré tout, épuisant. J’ai eu de la chance car une grosse expédition a tenté le sommet ce jour-là, et ils étaient équipés avec de l’oxygène. Nous leur avons acheté une bouteille d’oxygène sur la montagne avec le détendeur et le masque. Nous sommes montés au camp 4 avec l’oxygène au minimum et ça m’a beaucoup aidé ! J’ai même pu aider mon amie à porter son matériel. La nuit où on devait partir au sommet, il a fait très très froid, et ça a été dur. Je me suis remise à étouffer. J’ai posé tout mon matériel et me suis rendue compte que je n’avais plus d’oxygène. J’ai continué sans, mais le froid me mordait et je n’avançais plus... J’ai dû faire demi-tour 100 m avant le sommet car je ne sentais plus mes pieds. Mon amie Alexia, elle, est allée au sommet. Cela m’a donné une leçon d’humilité car, bien que proche du sommet, je ne voulais pas perdre mes pieds. Et le lendemain, nous devions retourner au camp de base. Le temps a été encore très mauvais au retour, qui a duré 20h. En expédition, il faut toujours penser au retour.

Comment te sens-tu lorsque tu rentres à Courchevel ?

Quel que soit le voyage, il faut se laisser le temps pour digérer. Quand on est en altitude, on est tellement concentré qu’on arrive pas à prendre de recul. Au retour, on se remémore plein de choes. J’adore rentrer ! On retrouve notre univers et ça fait du bien.

Quels sont tes futurs projets d’aventure ?

Ce qui me stimule pour lancer une saison d’hiver, ce sont les projets de voyages. Mais actuellement, c’est un peu compliqué. J’ai plein de projets en tête : dans les Alpes ou des projets lointains mais je n’arrive pas à me projeter. J’aime préparer mes voyages mais j’aime aussi la spontanéité. En attendant, j’ai des projets en France : je pars grimper dans le Verdon, à Chamonix et dans le reste des Alpes. Je n’ai pas de projet de voyages lointains pour le moment. C’est un peu dommage, car c’est ce qui me nourrit.

Ton aventure préférée à Courchevel ?

Quand on pense à Courchevel, on pense tout de suite au domaine skiable, mais autour, il y a un spot magnifique qui est la vallée des Avals. C’est un endroit accessible à pied ou en ski de randonnée qui permet de faire le Petit Mont Blanc, l’aiguille du Rateau, les lacs Merlet, etc.. J’aime m’y rendre en toute saison. On peut faire de l’escalade, du mini-raid, du ski de randonnée, des balades en famille, il y en a pour tout le monde !

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